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Trench
Town, Second Street Second Street, Trench Town, Kingston, Jamaïque, 1998. Cette photo a été prise exactement devant la maison qu’habitait Bob Marley (muret de droite) à Trench Town dans les années soixante. Le niveau de vie ne s’est pas beaucoup amélioré depuis 1960 : on voit que les passants ne portent pas de chaussures. Au loin, un grosse sono de sound system se monte, en vue d’une nuit de danse au coin de la rue. |
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Ci-dessous le reste de l'expo en aperçu. Je ne vais pas tout mettre en grand, sans blagues. Pour voir les photos, il faut VENIR À L'EXPO !
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7. Femmes de Trench
Town
Trench Town, Kingston, Jamaïque 1997.
Aucun taxi n’acceptera de vous emmener dans les ghettos où la
guerre des gangs fait rage. Pourtant à Trench Town, la vie suit son
cours. Tandis que les hommes s’adonnent à toutes sortes d’activités
pas toujours rentables, ce sont les femmes qui assurent l’intendance
au son du ragga diffusé par une énorme sono toute proche, montée
en plein air.
8. Buffalo
Bill et les enfants de Trench Town
Trench Town, Kingston, Jamaïque, 1995.
Dans les ghettos, les enfants sont partout. Bien de parents ne peuvent pas
financer les livres de classe, les fournitures, l’inscription à
l’école, sans parler des uniformes, et bien des mômes apprennent
très tôt la réalité de la rue que chante le reggae.
Buffalo Bill, élevé à Trench Town où vécut
longtemps Bob Marley, connaît bien cette pauvreté. Mais comme
tout le monde en Jamaïque, il préfère en rire qu’en
pleurer et pour réussir il se bat comme un lion, selon l’expression
locale, le lion de Juda éthiopien étant pour les rastas le symbole
de la toute-puissance divine.
9. Champ de ganja
Collines de Saint Ann, Jamaïque, 1996.
Un champ situé sur une pente à proximité d’un étang
sous les tropiques, en plein soleil : les conditions idéales sont réunies
pour cultiver la meilleure « high grade » du monde.
Associée au jazz, au blues, au rock et à la plupart des musiques
afro-américaines, la consommation de chanvre est plus encore liée
à l’imagerie du reggae : pour les rastas jamaïcains, l'arbre
sacré qui poussait sur la tombe du roi Salomon est « l’herbe
de la sagesse », « la guérison de la nation » (Apocalypse
2:22). Ils la fument comme un sacrement destiné à la «
méditation » ou « I-tation », remplaçant avantageusement
le vin de messe bu dans les calices, qui deviennent ici des pipes à
eau, les « chalices » des congrégations rastas. La consommation
de ganja reste interdite en Jamaïque, et sa détention est très
sévèrement punie par la loi. Elle est souvent utilisée
comme prétexte pour opprimer les rastas, des rebelles dont les «
blasphèmes » sont mal considérés par la très
chrétienne société jamaïcaine.
10. King Stitt, le précurseur du rap
Studio de Spider Man, Kingston, Jamaïque, 1995.
En 1969, King Stitt, alors ex-DJ historique du sound system dominant des disques
Studio One, Sir Coxsone’s Downbeat , enregistrait « Fire Corner
», son premier succès. Né avec un visage difforme qui
handicape sa prononciation, véritable attraction de foire, Stitt a
aussi été le premier DJ consacré « king »
par la foule de Kingston en 1962. En authentique précurseur du rap,
qu’il pratiquait aux platines dès le milieu des années
50 sur du r&b, il est aussi l’un des premiers à avoir enregistré
son bla-bla sur une rythmique pré-enregistrée. C’est son
tube « Fire Corner », qui a lancé le genre en Jamaïque
dès 1969 : U Roy, Big Youth et les autres DJ sont arrivés après
lui, développant un genre qui s’est aussitôt exporté
à New York, où il est devenu le hip hop.
11. Big Youth
Anchor Studios, Kingston, Jamaïque, 2001.
Le DJ Big Youth est l’un des maîtres du « roots »
reggae. Son heure de gloire a commencé en 1972, quand son hit «
S 90 Skank » a conquis la Jamaïque entière. Après
une enfance passée dans la misère, il s’est offert trois
dents en or et pierres précieuses aux couleurs de l’Afrique :
vert, jaune et rouge. Avec son délicieux mélange parlé/chanté/rappé,
Big Youth est l’un des grands pionniers historique du style DJ, qui
s’improvise sur des versions instrumentales des succès du moment.
En s’exportant à New York, ce genre s’est métamorphosé
en rap pur et simple.
12. Anthony B
Bull Bay, Saint Andrew, Jamaïque, 1998.
C’est avec « Fire Pon Rome », un 45 tours qui promet de
mettre le feu au Vatican (pour les rastas, le pape chrétien est un
imposteur, et un complice de l’esclavagisme et de la colonisation) qu’Anthony
B obtient son premier succès en 1996. C’est lui qui lance la
mode du « Fire Bun » (« le feu brûle ») adressé
depuis à longueur de disque à tous les pêcheurs par nombre
de DJ. Cette purification par le feu est suggérée par la communauté
rasta radicale des Bobo Ashanti, qui enseigne un mode de vie strict guidé
par la Bible. Les Bobos sont aussi inspirés par la divinité
de Haïlé Sélassié Ier, descendant direct du roi
Salomon et messie rasta, le « roi des rois » désigné
dans l’Apocalypse. Depuis, d’autres adeptes du courant Bobo Ashanti,
très à la mode, sont passés au premier plan de la scène
ragga, notamment les DJ Sizzla et Capleton. On les reconnaît à
leur immanquable turban.
13. Nikki Ouch !
Plage de Hellshire, Saint Catherine, Jamaïque, 1996.
Sacrée reine des dancehalls pour sa folle élégance, sa
beauté et sa grace de danseuse de whinie whinie, Nikki a mis tous ses
charmes en œuvre pour parvenir à quitter l’île de
la Jamaïque, un rêve inaccessible pour beaucoup de ses compatriotes.
Lors de cette séance de photo où elle porte l’un des plus
beaux modèles réalisés pour elle par la maison Ouch !
(qui a brusquement fermé peu après à la suite d’une
histoire louche), Nikki rêvait également de voir sa photo publiée
à Paris. C’est maintenant chose faite.
Elle a depuis touché son but, puisqu’elle s’est installée
à New York (mais pas avec le photographe).
14. Lee « Scratch » Perry
Chez lui à Zürich, Suisse, 1994.
Excentrique, mystique, malade mental, exhibitionniste, lunatique, Lee Perry
est aussi l’un des plus importants artistes de l’âge d’or
du reggae, les années 60-70. Chanteur inspiré, parolier incomparable,
compositeur, producteur crucial de Bob Marley et de mille autres, percussionniste,
ingénieur du son maître du dub, peintre et personnage charismatique,
Scratch a créé une partie de la musique la plus innovante du
vingtième siècle. Il défie ses contemporains depuis les
années 1950, quand il remportait des concours de danse r&b sur
les dancehalls de Jamaïque avec son numéro de pitre. Après
avoir brûlé son mythique studio Black Ark à Kingston en
1980, Scratch a connu quelques années d’errance avant que son
talent ne soit reconnu internationalement. Dans les années 90 il s’est
remarié (dans une cérémonie Hare Krishna) avec une Suissesse,
une prostituée dominatrice célèbre devenue depuis son
manager. Voici une rare photo de l’artiste prise dans sa retraite des
Alpes, où il continue à créer une musique aussi bizarre
que sa cosmologie et ses frasques sont réputées.
15. Elephant Man
King Jammy’s Studios, Saint Lucia Road, Waterhouse, Kingston, Jamaïque
2002.
Elephant Man se fait d’abord remarquer par sa présence scénique
acrobatique. Il publie des 45 tours où l’influence des rythmes
hip hop est très marquée, mais il persévère dans
le pur dancehall sans faiblir. Elephant Man sort alors un premier album chez
Greensleeves, mais c’est l’album suivant, « Log On »,
qui fait de lui le numéro un du dancehall des années 2000. Son
morceau du même nom est un énorme succès, des rimes délicates
qui le placent en en tête de la tendance homophobe hard core pour plusieurs
années. La haine de l’homosexualité, culturelle en Jamaïque,
est devenue un passage incontournable pour plaire au public des ghettos :
Elephant Man y décrit une danse où, comme pour écraser
un cafard, on se met debout sur un pied et on touche le sol en tournant la
pointe de l’autre pied. Authentique appel au meurtre, « Log On
» menace un homo de se faire écraser sous les pieds des danseurs.
« Connecte-toi, et marche sur les pédés
Connecte-toi, car tu sais que t’es pas un de ces types dégueulasses
On danse, nous on danse et on brûle les hommes-monstres
Bon tu vois pédé on ne peut pas t’empêcher de le
faire
Tu te réveilles dans le mauvais lit et c’est là que tu
dors
Tu ne vois pas que tu as rompu le contrat avec les filles
Le futur te poursuivra mon gars tu seras passé à tabac
Tu ne pourras pas passer à Spanish Town ni à Princess Street
Il n’y aura que du tacatacatac pour toi et un gros rythme
Jeremy, mets la musique plus fort dans la rue
Cette nouvelle danse ici elle fait la loi »
17. La maison de Bob Marley
Kingston, Jamaïque, Trench Town 1996.
Poussée par la pauvreté en 1951, la veuve Marley quitte la campagne
de Saint Ann pour tenter sa chance à la capitale Kingston, où
elle fait des ménages. Son fils la rejoint en 1957 au cœur de
Trench Town, un des ghettos les plus pauvres de l’île. La maison
qu’on aperçoit est celle que Bob adolescent a occupé de
l’âge de douze à vingt ans environ. Il y a composé
« One Love » et plusieurs autres futurs succès internationaux.
Trench Town, berceau du reggae, continue à engendrer un grand nombre
de musiciens.
18. Le Studio ‘Yard Back’
Spanish Town Road, Kingston, Jamaïque, 2002.
Pour le visiteur étranger, les traits les plus marquants de la nation
jamaïcaine sont sans doute l’ambition, l’initiative, la défiance,
la détermination à s’en sortir malgré une dictature
économico-sociale américaine derrière une façade
démocratique. Pour les habitants des bidonvilles abandonnés
à eux-mêmes, le reggae représente avant tout une chance
de s’en sortir, et le petit studio « reggae and gospel »
Yard Back (« fond de la cour »), est un indice de l’état
d’esprit entreprenant des Jamaïcains, qui n’hésitent
pas à bricoler des petits studios pleins de précieux matériel
un peu partout, jusque dans la moindre bicoque du ghetto.
19. Le Studio Channel One
Maxfield Avenue, Kingston, Jamaïque 1989.
À partir de 1974, le nouveau son du reggae moderne sort du studio Channel
One, où travaillent les musiciens des Roots Radics et des Revolutionaries
de Sly Dunbar et Robbie Shakespeare. Pas loin du ghetto de Trench Town, c’est
là que quantité de classiques de Culture, Gregory Isaacs, Yellowman,
des Mighty Diamonds, des Gladiators (entre autres) ont été réalisés.
La suprématie de Channel One a duré jusqu’à la
fin des années 1980.
20. Le Pressage Dynamic Sound
Bell Road, Kingston, Jamaïque 1998.
Les premiers disques compacts jamaïcains n’ont été
fabriqués qu’en 1999. Et dans le monde entier, le disque de vinyle,
format préféré des DJ, reste emblématique du reggae,
musique de DJ par excellence. Les pressages jamaïcains ne sont pas de
très bonne qualité, car ils sont réalisés pour
la plupart avec de vieilles machines achetées d’occasion aux
États-Unis et du vinyle cent fois recyclé. Mais s’ils
sont gondolés, qu’ils craquent et soufflent, avec leur label
excentré, mal collé, ils restent moins chers que les disques
pressés dans les pays riches, et continueront à s’exporter
encore longtemps : malgré les bruits de surface le son des albums et
des singles jamaïcains reste inimitable grace à une gravure experte,
qui comme par magie restitue mieux les basses que celle de ses concurrents.
C’est dans le studio Dynamic Sound, situé à cinquante
mètres de ces presses à disques, que les Rolling Stones ont
enregistré leur célèbre « Angie » et Serge
Gainsbourg « Aux armes et cætera ».
21. Simon Splinta
Old Hope Road, Kingston, Jamaïque, 2002.
Simon Splinta a enregistré sa voix pour la première fois sur
l’accompagnement de « La Nostalgie Camarade », une chanson
de Serge Gainsbourg que j’ai remixée en 2002. Repéré
parce qu’il habitait à côté du studio Anchor où
je travaillais, le jeune Splinta vivait entouré par les gangs armés
du quartier. Dans l’allée qui mène à sa modeste
chambre chez sa mère, des peintures murales évoquent des thèmes
rastas comme « Croyez-vous en un Jésus noir ?», mais aussi
la mythologie morbide des gangs.
22. Les enfants de Buffalo Bill
Saint Ann Bay, Saint Ann, Jamaïque, 2002.
Fuyant la violence de Trench Town, le chanteur Buffalo Bill s’est installé
avec ses enfants dans les campagnes du nord de l’île. Comme tous
les Jamaïcains, Sarane, Matthew et Shemez adorent chanter, jouer de la
musique et poser.
23. Les Reggae Boyz
Maxfield Avenue, Kingston, Jamaïque, 1998.
En 1998, pour la première fois de son histoire l’équipe
nationale des Reggae Boyz se qualifiait pour la coupe du monde de football.
L’île a déjà engendré de nombreux champions,
notamment d’athlétisme, mais le foot est le sport national, et
cet événement a unifié la population comme jamais. Au
point qu’une trève entre les gangs, qui d’ordinaire se
massacrent à longueur d’année, leur a donné l’occasion
de s’affronter sur un terrain de foot ! Quant aux Reggae Boyz, ils ont
été éliminés dès le début du Mondial
98 après avoir perdu 3-1 contre la Croatie, 5-0 contre l’Argentine,
et 2-1 contre le Japon.
24. L’accueil au village Marron
Accompong, Cockpit Country, Saint Elizabeth, Jamaïque 1995.
Dès la déportation des premiers Africains en Jamaïque au
XVIe siècle, quelques irréductibles fortes têtes se sont
évadées au risque des pires sanctions, fondant d’introuvables
et inaccessibles villages insoumis au cœur de la jungle. Après
une longue guerre sans merci contre l’armée anglaise, les guerriers
marrons ont obtenu en 1738 des territoires qui restent indépendants
aujourd’hui encore : pas d’impôts, pas de routes, pas de
police. Isolés dans les montagnes, ils préservent une culture
secrète qui mélange plusieurs traditions et langues africaines
; Nombre d’éléments de la culture marron ont renforcé
le mouvement rasta et nourri le reggae. Lors des rares visites d’étrangers,
la coutume veut que les voyageurs offrent une bouteille de rhum au chef du
village, le « colonel », qui en boît une gorgée et
la recrache en pluie. À ce signal, les farouches villageois sortent
alors leurs tambours, comme le goombeh carré typique des Marrons d’Accompong,
et dansent pour accueillir leurs hôtes.
25. Ari Up à Skateland
Half Way Tree, Kingston, Jamaïque 1996.
La piste de rollers du centre-ville, Skateland, était louée
la nuit pour les soirées ragga. Les opérateurs de sound systems
y installaient leurs énormes sonos et leurs platines. Ari Up, une londonienne
à l’origine chanteuse du groupe féminin les Slits, s’est
installée à Kingston, où elle est devenue mannequin et
danseuse. Rebaptisée Babi Dolli ou Medusa en raison de ses longues
nattes dread, elle a passé des années à danser des nuits
entières sur les pistes de dancehall de la capitale. Devenue experte
en danse whinie whinie, un style brûlant et difficile, ouvertement sexuel,
elle « défie quiconque d’en faire autant ». L’organisateur
des soirées à Skateland a été assassiné
à la fin des années 90. La piste de patins à roulettes
qui fit les beaux jours du dancehall a été rasée peu
après.
26. Beenie Man et les Ouch ! Girls
Plage de Hellshire, Saint Catherine, Jamaïque, 1996.
Beenie Man est l’un des grands DJ du ragga, et l’un des plus durables.
En Jamaïque, un DJ est avant tout un rappeur. Mais contrairement à
d’autres qui se consacrent à la diffusion de la culture rasta,
les sujets préférés de Beenie sont l’humour, le
charme et surtout le sexe. Son succès est total, un comble pour un
pays où les églises chrétiennes toutes-puissantes prônent
le feuilleton de l’abstinence avant le mariage. Il est ici entouré
par deux des mannequins-danseuses jamaïcaines qui ont fait les beaux
jours des dancehalls des années 90, Michelle « Ouch ! »
Clarke et la Dancehall Queen en personne, Nikki « Ouch ! » Gonzales
(à droite).
27. Buju Banton
Penthouse Studio, Slipe Road, Kingston, 1994.
Le DJ Buju Banton commence à enregistrer en 1988, à l’âge
de quinze ans. De 1991 à 94, il domine le nouveau son du ragga avec
des titres reflétant l’état d’esprit des ghettos.
Ses commentaires et engagements très durs font son succès. «
Boom Bye Bye », son appel au meurtre des homos, qu’il justifie
par la Bible, comme tous les Jamaïcains homophobes (Lévitique
XVII:22, 23), est un de ses tubes sur les dancehalls. En 1994, le roi des
« bad boys » opère une inattendue adhésion au Rastafari,
un mouvement qui lutte pour réconcilier les afro-américains
avec leur identité africaine, et… pour ramener les bad boys dans
le droit chemin. Dès lors, son succès est international.
28. No Woman No Cry
First Street, Trench Town, Kingston, Jamaïque, 1989.
Vincent Ford (à droite) dit Tata, cul-de-jatte auquel il manque aussi
plusieurs doigts, est un des durs du ghetto de Trench Town. Proche de Bob
Marley, il lui souffla un jour quelques mots qui contribuèrent à
la célèbre chanson « No Woman No Cry ». Pour contourner
le contrat qui le liait en 1974 à l’éditeur de ses textes,
Marley décida de signer le morceau du nom de son copain Vincent Ford,
et percevoir ainsi la totalité des droits d’auteur par le biais
de ce prête-nom. Le stratagème a réussi au delà
de ses espérances : « No Woman No Cry » fut son premier
succès international, et reste l’une de ses chansons les plus
connues. Elle lui a rapporté des millions de dollars, que l’éditeur
américain n’a jamais perçu.
29. Souvenir de Trench Town
Sixth Street, Trench Town, Kingston, Jamaïque 1998.
Vendeur de souvenirs, d’artisanat (et de spliffs déjà
roulés) à Trench Town, voilà un dur métier pour
cet homme puisque malgré les efforts des habitants du quartier, rares
sont les touristes qui osent encore s’aventurer dans ces rues misérables
où rodent des « bad man » analphabètes et sans pitié.
La création d’un petit musée Bob Marley, qui a vécu
près de dix ans sur Second Street, a tout de même un peu amélioré
l’affluence à Trench Town.
30. Bob Marley
Musée Bob Marley, 56 Hope Road, Kingston, Jamaïque, 1997.
Disparu le 11 mai 1981 (le lendemain de l’élection de François
Mitterrand à la présidence) d’un cancer de la peau, Bob
Marley reste un puissant symbole de libération, de justice et de révolte
sur toute la planète, la plus populaire des superstars disparues au
XXe siècle. Une statue en ciment peint à son effigie trône
dans les jardins du musée Bob Marley des beaux quartiers uptown de
Kingston. C’est là que, fuyant les ghettos, il avait acquis une
jolie maison coloniale.
31. Princess S
Tuff Gong, Marcus Garvey Drive, Kingston, Jamaïque 1994.
Machisme antillais oblige, les artistes féminines sont peu courantes
dans le reggae, et encore moins dans le dancehall (qu’on appelle en
France le ragga). Princess S est néanmoins parvenue à sortir
quelques 45 tours sans lendemain, ce qui est déjà un exploit
pour une gamine du ghetto.
32. Nikki Ouch !
La Dancehall Queen
House of Leo, Kingston, Jamaïque, 1996.
Dans les années 90, la reine de beauté des nuits de Kingston,
Nikki Ouch !, était une danseuse et mannequin pour la marque locale
de haute couture dancehall Ouch !. Nikki et ses copines débarquaient
sur les meilleures pistes de danse dans des tenues aussi diaboliques que celle-ci.
Plusieurs DJ ont consacré aux Ouch ! Girls des morceaux au message
extrêmement ciblé. Nikki était la Dancehall Queen incontestée
de l’île, surgissant au gré de ses envies pour une démonstration
de volcanique whinie, faisant offrande de sa beauté et de quelques
pas de danse affolants à l’assistance, son derrière parfait
éblouissant les clients au propre comme au figuré dans l’halogène
libidineux du caméraman omniprésent. Et le lendemain, espérant
approcher l’aura de la vraie dancehall queen, les filles les plus fortunées
couraient à la boutique Ouch ! voir s’il restait des vestes aussi
démentes que la sienne. De la haute-couture vivante. Pour de vrai.
33. Studio One
Brentford Road, Kingston, Jamaïque 1995.
Équivalent jamaïcain des disques Motown, Studio One a été
le plus important label de Jamaïque jusqu’au début des années
70. C’est dans le studio maison que bien des grands noms du reggae ont
véritablement commencé leur carrière : les Abyssinians,
Dennis Alcapone, Horace Andy, Ken Boothe, Burning Spear, Culture, Dillinger,
Alton Ellis, les Gladiators,les Heptones, John Holt, King Stitt, Lone Ranger,
Freddie McGregor, Sugar Minott, Toots & the Maytals, Freddie McGregor,
Michigan & Smiley, Jackie Mittoo, Lee « Scratch » Perry, Frankie
Paul, Earl Sixteen, les Skatalites, Slim Smith, Peter Tosh, Delroy Wilson,
Willie Williams, Bob Marley… et des centaines d’autres.
Le légendaire producteur et propriétaire des lieux, Clement
« Coxsone » Dodd, a toujours interdit l’accès au
studio aux non-musiciens, et les photos prises à l’intérieur
de son mythique Jamaica Recording Studio sont très rares. Mais en 1995,
Coxsone a produit deux de mes chansons, et entre deux prises de voix j’ai
pu prendre ce cliché à l’intérieur du Saint des
Saints du reggae.
De gauche à droite, les musiciens Earl « Bagga » Walker,
Pablove Black et Vincent « Morgie » Morgan.
34. Le sound system JamRock
Techniques Record Shop, Orange Street, Kingston, Jamaïque, 1998.
Partout dans Kingston on peut voir des sonos énormes surgir en pleine
rue, et cracher des milliers de décibels pendant une journée
entière sans que personne ne se plaigne.
Montée devant le magasin de disques Techniques en plein soleil, la
discothèque mobile JamRock de Hugh « Redman » James attire
le public avec force (il faut dire qu’on l’entend à un
kilomètre de là).
35. Buffalo Bill
Jones Town, Kingston, Jamaïque, 1998.
Sur un mur du ghetto, quelqu’un a griffonné le nom du chanteur
originaire de Trench Town, pas loin de là. Buffalo Bill a reçu
son surnom en référence à la chanson de Bob Marley «
Buffalo Soldier », qui décrit les bataillons de soldats afro-américains
envoyés lutter contre les Indiens. Les tribus indigènes américaines
craignaient ces hommes noirs aux cheveux frisés, qu’ils prenaient
pour des réincarnations de bison.
Légendes et photos © Doc Reggae - docreggae.com

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L’exposition
« Jamaïque, sur la piste du reggae » consiste
en 30 tableaux couleur (tirages numériques fixés sur un support
d’aluminium rigide) 40 X 60 cm de qualité "prestige",
pour utiliser le terme du tireur (c'est à dire la meilleure qualité
existante). Sous chaque cadre dépasse un carton plastifié arborant le titre et le numéro de la photographie. L’expo est assortie de deux affiches de Bob Marley à tirage limité et de cinq reproductions de photos 35 X 45 cm. En vis-à-vis de miniatures des images, les légendes détaillées de chaque photo sont reproduites sur un total de onze feuilles A3 plastifiées. En outre, quelques pochettes de disques 33 tours étoffent l’ensemble. Pour obtenir les conditions de prêt, il suffit de cliquer ici. « Jamaïque, sur la piste du reggae » dépeint le monde du reggae au sens large, incluant notamment des images de rue toujours rares, car délicates à capturer. Et bien sûr, l’expo est avantageusement complétée par les animations conférences de Doc Reggae ! |
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| Songs
of Freedom Studio Tuff Gong, Marcus Garvey Drive, Kingston, Jamaïque, 1995. Peinture murale représentant Bob Marley sur l’enceinte du studio Tuff Gong. Un héros national très controversé dans son propre pays. |
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